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L’inventeur de la « cure par la parole »
Le premier théoricien,
Le référent en matière psychanalytique

La pulsion et le sujet

Sommes nous dans une civilisation très pulsionnelle ? Un monde où la pulsion est reine?
Où la pulsion n’est pas contenue dans des limites psychiques suffisantes pour la canaliser et l’éduquer? Où le sujet est éclipsé ?

La pulsion est un concept introduit par Freud, pour indiquer ce lieu entre le psychique et le somatique, cet endroit de transformation entre les deux pôles.
Comme tout franchissement de territoires, le destin de celui ou celle qui aborde la frontière dépend des règles édictées lors du passage.
La pulsion franchit la frontière du soma pour aller dans le psychique. Elle est la représentante du soma dans le psychique. Et, lors de son arrivée dans le monde psychique, elle va subir des transformations, être intégrée, traduite en un autre langage, mêlée à des représentations, des idées. Elle va être amendée, plus ou moins, par des mesures conservatoires du moi: est ce que pour ce moi, à ce moment, il est souhaitable de laisser aller la pulsion, est il préférable de réfléchir à ce qu’on veut faire, et remettre sa satisfaction à plus tard, est ce que ce n’est pas un passage à l’acte, et quelle est sa raison d’être, est ce que cette pulsion, si elle est mise en acte, est répréhensible moralement ? Si je mets cette pulsion en acte, qu’en est il de moi, serai-je fier, est ce que cela correspond à mes valeurs? Et qu’en est il de l’autre en tant que sujet? Existe -t-il ?

C’est le travail psychique du moi, très exigeant, qui est un pare-excitation. Le moi se protège ainsi de la grande force d’excitation émanant du corps et de ses effractions pulsionnelles.

« La pulsion est un appareil de transformation, de traduction, de mise en représentation, de ce qui émane du corps et s’inscrit dans la psyché. » (1)

La pulsion a un but: obtenir sa reconnaissance, sa satisfaction. C’est le psychisme qui va lui permettre d’atteindre son but. Car la pulsion, venue du soma, crée une tension psychique qui cherche la détente, par l’expulsion, la réalisation, la sublimation, ou le refoulement, les destins de la pulsion.

La construction de la vie pulsionnelle va permettre d’organiser la vie fantasmatique. A l’origine, les mouvements pulsionnels du bébé puis du petit enfant vont être reçus, entendus par l’entourage, qui répond, accompagne ces mouvements, constituant un ensemble de liens intersubjectifs. La qualité des échanges et de la réception conduisent à un espace pulsionnel commun et partagé (1) , constitutif de l’étayage pulsionnel nécessaire pour construire une intériorité à la fois ferme et ouverte à l’autre.
« La dynamique pulsionnelle traverse l’espace psychique et les espaces du lien et des groupes. » (1)

Ce qui permettra au sujet de s’appuyer dans le futur sur son propre étayage pulsionnel.

Ce travail psychique interne se réalise donc en interaction avec l’extérieur, dans le lien avec l’entourage.

Ce travail intérieur et extérieur de la pulsion la rend monnayable, on peut composer avec elle, et surtout, elle peut s’apaiser, devenir moins exigeante. Elle n’est plus au commandes. Elle peut être dirigée, sublimée, aménagée, enrichie. Elle peut être transformée en désir.

Selon Freud, ce sont les contraintes de la civilisation qui permettent de corriger la pulsion et d’en atténuer la portée dans le réel.

Le conflit est intérieur mais aussi extérieur.
Intérieur, car les forces pulsionnelles ont besoin d’être canalisées. Extérieur, car l’être social se doit de satisfaire aux exigences de la culture et du collectif dont il fait partie.

On voit toute l’importance civilisationnelle du travail psychique, qui se construit avec les valeurs morales de son entourage, et de la société, dans l’intersubjectivité. Le moi est l’interface entre la pulsion et la civilisation.

La pulsion a une vie intraspychique mais aussi une existence extrapsychique. « elle se forme dans l’intersubjectivité, dans les adresses et les réponses pulsionnelles qui s’échangent entre les sujets, entre chacun d’eux et les ensembles dont ils font partie. »(1)
Le cadre structurant des échanges, des liens, permet de réguler le monde pulsionnel.

Là est l’interrogation: qu’advient-il lorsque les comportements aberrants, à l’égoïsme outrancier, à la pulsionnalité versatile et dominante sont admirés ? Que devient l’être humain dans un système où réduire le vivant au rang d’objet est banalisé? Qu’advient-il lorsque la valeur de l’humain ne vaut pas plus qu’une marchandise ?
Qu’advient-il quand le fait de prôner l’élimination d’un groupe d’autres humains est justifié, magnifié, excusé, rendu désirable, permis ? Dans un monde où un grand nombre serait « tellement possédé de l’amour de soi-même qu’il arrive au point de perdre l’idée du mal qu’il cause, et ne voit plus que lui dans l’univers qui puisse jouir ou souffrir » ? (Stendhal, De l’amour)

C’est un monde où le sujet est nié.
Lorsque le sujet est effacé, la pulsion prend place et domine le moi.
Le sujet est sans visage.
Sans le visage de l’autre, qui oblige, qui rend compte de l’humanité en lui, qui nous tend vers notre propre humanité, sans ce visage face à nous, pour nous modérer, pour nous humaniser, où allons nous?

«La pulsion conduit à ne plus tenir compte du consentement. »(2)
Cela distingue la pulsion du désir. Par le désir, l’autre existe, car le désir est toujours « désir de l’autre, c’est à dire pris dans le rapport à l’autre. »(2)
Dans la pulsion, tout est permis, et donc elle « peut anéantir celui qui se retrouve en position de pur objet de jouissance. » (2)
Dans le désir, l’altérité est grandie. Le désir est choix réciproque, il s’extrait de la pulsion, de la répétition, du magma indifférencié du mouvement pulsionnel. Il est l’aboutissement d’un travail psychique destiné à le former, à l’affermir, à le libérer de la pulsion répétitive et mortifère.

(1) René Kaës: Le Malêtre, Dunod, 2012. Chapitre 7: formes et destins de la pulsionnalité.
(2) Clotilde Leguil : Céder n’est pas consentir. Puf, 2021

Les rêves

De quoi parlent nos rêves ?

Le rêve est considéré comme un messager de l’inconscient. Grace au souvenir que nous en avons au réveil, des contenus psychiques refoulés arrivent dans le conscient. Le rêve ne triche pas : il vient directement de notre refoulé, sans apprêt, sans souci de réalisme ni de morale.

Ces productions une fois rendues conscientes, seront alors utilisables. Si le rêveur le souhaite, il étudiera, explorera, associera à partir de ces précieux matériaux psychiques issus de son inconscient.

Le rêve est selon Freud, « la via regia qui mène à la connaissance de l’inconscient dans la vie psychique. »

Le rêve nous parle de nos tensions psychiques, de nos peurs et de nos désirs, de nos espoirs et de nos déceptions, de tout ce qui constitue notre intériorité, largement inconnue de nous-mêmes.

« Nous rêvons de nos interrogations, de nos difficultés. » dit C.G.Jung.

Nos rêves et notre réalité sont fortement imbriqués : Pendant le rêve, nous pouvons nous croire réellement en train de vivre un événement : « je me sens fort, invincible. » et nous réveiller déçu au fur et à mesure que le conscient reprend sa place. La reprise du contrôle du conscient peut s’avérer longue de quelques minutes, pendant lesquelles le monde onirique et la réalité s’entrecroisent, et n’offrent pas de frontière précise. Ce moment est très riche en sensations et en imagination. Un évènement malheureux peut avoir été nié pendant le rêve : vous rêvez que vous réussissez votre permis de conduire, et pendant la phase de réveil vous revient petit à petit le souvenir de votre échec à cette épreuve passée la veille !

A contrario, vous rêvez d’une catastrophe ou d’une situation particulièrement désagréable, et votre soulagement est grand de voir revenir à vous les éléments de votre vie : « Ouf ! ce n’était qu’un rêve ! » que vous aimeriez bien oublier aussitôt ! Mais ce n’est pas si simple : On peut avoir envie de rester dans un rêve agréable, de même un rêve peut nous hanter longtemps, et nous tourmenter jusqu’à ce que des éléments de compréhension nous permettent une mise à distance.

Ainsi un contenu onirique ne reste pas cloisonné, il fait bel et bien partie de notre vie. Il laisse des traces en nous, et son souvenir peut être réparateur ou représenter une alerte, en tous les cas, il est plein d’enseignements.

Comment parlent nos rêves ?

– le rêve utilise un langage symbolique.

Un symbole est un condensé de signifiants renvoyant à un signifié.

‘A longueur de jour et de nuit, dans son langage, ses gestes ou ses rêves, qu’il s’en aperçoive ou non, chacun de nous utilise des symboles.’

‘Nous vivons dans un monde de symboles, et un monde de symboles vit en nous.’

Les symboles sont plus ou moins proches de nos préoccupations ou de notre contexte de vie, ils en sont aussi parfois très éloignés. Un rêveur ne prenant jamais le bateau peut très bien se retrouver en rêve, traversant la mer en paquebot ou en radeau ! La situation rêvée prend alors une dimension purement symbolique. Ce n’est pas le cas si le rêveur est un passionné de voile, pour qui ce rêve pourra avoir une autre signification, liée peut-être à des tensions au sujet de son prochain départ en mer.

Un symbole possède à la fois une signification personnelle, en fonction de son vécu, ou une signification universelle, commune à toutes les cultures.

Ex pour le bateau dont la signification symbolique est : la traversée, la nouvelle vie, l’évasion, les grands espaces, voire le long murissement ?

Le rêve est un condensé de souvenirs et émotions d’enfance, de résidus diurnes constitués des souvenirs très récents, parfois anodins en apparence, (une phrase d’une conversation, une scène d’un film vu à la télévision, une émotion ressentie, une personne rencontrée) de personnages issus du passé se retrouvant avec des personnes de l’entourage présent, d’évènements collectifs, de traumatismes anciens. Les matériaux utilisés, divers et multiples, sont en résonance avec les souvenirs de la vie présente et passée, personnelle et collective, et même trans générationnelle.

Que disent nos rêves ?

Chaque situation imaginée dans le rêve renvoie toujours au rêveur lui-même, quelle que soit la situation.

Le rêve n’implique que celui qui rêve.

– Les conflits, extérieurs ou internes, sont la grande source des rêves. En effet, un rêve exprime un état de tensions entre des forces opposées, et le souvenir d’un rêve apparaîtra dans la mesure où cet état de tension, renforcé par la production onirique est suffisamment important pour dépasser le seuil de conscience. Une scène vécue à l’origine d’un conflit apparaît généralement de façon déformée.

– Des personnages issus du passé apparaissent soudain, alors qu’ils n’ont pas de présence particulière dans vos pensées du moment. Votre inconscient s’est enrichi des souvenirs de votre vie liés à ces personnes, même si cette évocation semble éloignée de vos préoccupations actuelles. Il convient de noter à ce sujet que tous les souvenirs vécus sont enregistrés, mémorisés une fois pour toute, constituant un terreau de souvenirs dans lequel l’inconscient puise à sa guise. Nous sommes parfois très étonnés de ces apparitions, nous demandant ce que vient faire dans un rêve tel personnage dont le souvenir était en apparence tombé dans l’oubli et ne vous était pas venu au conscient depuis très longtemps !

– Des évènements collectifs ayant eu un fort impact émotionnel vont se retrouver dans les rêves assez rapidement. Les raisons sont de deux ordres : d’une part, les catastrophes humaines entrent en résonance avec des peurs inhérentes à la condition humaine (peur de l’engloutissement, de l’anéantissement, de l’effondrement), et avec sa fragilité. D’autre part, la propagation de la nouvelle au niveau mondial entraine une amplification, qui permet une rapide appropriation par l’inconscient collectif.

– Une expérience traumatisante peut bien sûr apparaître en rêve, de façon répétitive, et sous toutes ses formes : parfois non déformée, on revoit la scène se dérouler, dans tous les détails, parfois sous d’autres points de vue, ou avec des images différentes. Le psychisme travaille à assimiler l’évènement, à l’incorporer.

Et bien sûr, tous les ‘résidus diurnes’ évoqués plus haut.

L’étrangeté du rêve

Des scènes étranges ou impossibles et des scènes familières coexistent, le mécanisme onirique n’ayant nullement peur de l’incongruïté, ni du surnaturel. Des déformations, des transformations ont lieu, dont le rêveur ne s’offusque pas du tout ! Toutes sortes d’anachronismes sont mis en scène, sans aucune limite. Il n’est pas rare de se voir en rêve à un âge différent du sien : ainsi, un rêveur peut avoir dans un rêve l’âge de son propre enfant ! Le rêve peut mettre en scène les parents du rêveur à un âge où il ne les a pas connus. Il arrive qu’un animal se transforme en un autre, ou prenne une autre apparence. On se trouve dans une maison qui est un « chez moi » mais qui ne ressemble pas du tout à l’appartement réel. Il est pourtant familier, c’est bien « chez moi » mais je ne reconnais aucun détail de la réalité !

Ce sont ces déformations, ces étrangetés qui nous rendent nos rêves si attachants : ils n’appartiennent qu’à nous, sont le fruit de notre seule imagination (bien qu’échappant totalement à notre volonté), sont le reflet de quelque chose qui nous semble puissant, fortement chargé en énergie, ayant un impact émotionnel fort.

Comment s’interprète un rêve en analyse ?

Un rêve ne s’interprète pas de l’extérieur, par le maniement savant de symboles universels.

C’est par l’interaction entre le rêveur rapportant son rêve et l’analyste à l’écoute que se dessinent petit à petit des pistes. Ne sont validées que celles qui font écho chez le rêveur, qui provoquent son émotion, son assentiment par le ressenti.

Chaque élément du rêve appartient à l’univers psychique du rêveur.

Ce sont des associations d’idées, de souvenirs, d’évènements, stimulés par les questions de l’analyste, qui donnent une lecture du rêve. L’amplification des ces éléments permet d’activer, d’amener au conscient d’autres productions psychiques associées.

Ouvrages :

S.Freud :L’interprétation des rêves, Freud, 1900

Jung : L’analyse des rêves, notes de séminaires, Albin Michel

Pour travailler sur vos rêves : le dictionnaire des symboles sous la direction de J.Chevalier et A.Gheerbrant Collections bouquins PUF.

La psychanalyse selon Freud

 Le but de la psychanalyse 

« Son seul but et sa seule contribution consistent à découvrir l’inconscient dans la vie psychique. »

La psychanalyse est un procédé à visée thérapeutique

«  Une psychanalyse n’est pas une recherche scientifique impartiale, mais un acte thérapeutique, elle ne cherche pas par essence à prouver, mais à modifier quelque chose. »

La psychanalyse consiste en  un réapprentissage  par le souvenir

  » Il nous faut rechercher les refoulements anciens, incitant le  moi à les corriger, et à résoudre les conflits autrement et mieux qu’en tentant de prendre devant eux la fuite. Comme ces refoulements ont lieu de très bonne heure dans l’enfance, le travail analytique nous ramène à ce temps, les situations ayant amené ces très anciens conflits sont le plus souvent oubliées, le chemin nous y ramenant nous est montré par les symptômes, rêves et associations libres du patient, que nous devons d’ailleurs d’abord interpréter, traduire, ceci parce que sous l’empire de la psychologie du « ça », elles ont revêtu des formes insolites heurtant notre raison. »

La psychanalyse comporte une explication dynamique du psychisme.

« Nous ne voulons pas seulement décrire et classer les phénomènes. Nous voulons aussi les concevoir comme étant des indices d’un jeu de forces s’accomplissant dans l’âme, comme la manifestation de tendances ayant un but défini et travaillant soit dans la même direction, soit dans des directions opposées. »

La psychanalyse est une méthode scientifique d’application générale

« Ce qui caractérise la psychanalyse, en tant que science, c’est moins la matière sur laquelle elle travaille que la technique dont elle se sert .  On peut, sans faire violence à sa nature l’appliquer aussi bien à l’histoire de la civilisation, à la science des religions et à la mythologie qu’à la théorie des névroses. »

d’après « Freud psychanalyse textes choisis » PUF, 1985

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