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La procrastination

La procrastination est un sujet récurrent et qui touche beaucoup d’entre nous. Qui n’a pas eu envie de remettre à plus tard un travail difficile, de laisser de côté des tâches administratives peu avenantes, de différer le paiement de telle facture au point de dépasser le délai, d’ajourner l’occasion de parler à une personne à qui on a quelques chose de difficile à dire ? Qui n’a pas temporisé, hésité, été freiné par  une incapacité à décider, à agir ?

Qu’est ce que procrastiner ?

Chacun d’entre nous connaît ces moments où il remet à plus tard une tâche qu’il se promet de faire, un autre jour.  Quitte à ressentir, si cela se reproduit, une certaine mauvaise conscience. Le sentiment que ‘ce n’est pas bien’, qu’il ‘faut s’y mettre’, ne plus ‘laisser trainer.’ Les bonnes résolutions se mettent en place, pour rassurer un moment : ‘c’est sûr, je vais le faire demain, demain sans faute, je m’y mets’ . ‘Allez, je termine ce travail dans la semaine, promis, juré !’

Certains sont des procrastinateurs réguliers. Parfois, ils accumulent tellement de tâches non accomplies: courriers ou courriels non ouverts depuis des mois, rangement jamais réalisé, travail jamais terminé, décisions non actées, que des conséquences fâcheuses s’ensuivent, les plaçant dans des situations très délicates : impayés, désordre, sanction, stagnation, immobilisme, voire repli sur soi.

Et ces procrastinateurs finissent aussi par vivre un calvaire d’angoisses et de culpabilités. Car le surmoi s’en mêle : on n’est pas content de soi, on est encombré par l’ampleur de ce qui est à faire, ou par le désordre, on a une montagne devant soi et on n’a de moins en moins envie de la gravir.

L’idée de se mettre en mouvement peut ouvrir à de telles angoisses que l’on préfère fuir, quitte à augmenter l’accumulation, et donc la difficulté à agir!

Le cercle vicieux est en place. Une résistance s’installe, le fonctionnement s’enraye, et se répète.

Or, quand il y a un blocage,  la contrainte extérieure n’en vient pas à bout. La volonté n’y suffit pas.

Signification et hypothèses de la procrastination

Le mot procrastination vient du latin procrastinatio et signifie ajournement. Autrement dit, ‘renvoi à une date ultérieure’. Et même, plus précisément, ‘renvoi à demain’.

Procrastiner c’est différer, reporter, temporiser, ajourner, atermoyer, tergiverser. Tous ces verbes indiquent la présence d’une hésitation, d’une suspension, marquent un temps  entre maintenant et le moment d’agir.

Procrastiner, serait-ce demander un sursis ?  proposer un délai ? quémander un répit ?

La décision est prise : ‘je le ferai demain’ . c’est un soulagement, une fin en soi , une certitude. Un apaisement.

Ce report serait-il  un espace de vie, une respiration nécessaire ?  est-ce un désir d’échapper au temps, à l’horloge impérative?  est-ce un espace de liberté pour se hisser hors des contraintes, et contempler un moment le temps, sans y être soumis ? est ce un besoin de retrouver un rythme propre face à une vie organisée par l’extérieur ?

Le temps suspendu

Le procrastinateur imagine la réalisation du désir, et projette son accomplissement dans un futur proche. ‘Ce travail sera terminé demain.’ Or, parvenu à l’échéance qu’il s’était fixé, il ne démarre pas l’action envisagée, se tourne vers d’autres tâches, fait diversion, laisse le temps filer. Le désir n’est pas transformé en action.

Ainsi, le sujet ne demeure-t-il pas dans l’illusion d’être libre ? il ne s’est pas engagé, les possibilités sont ouvertes, devant lui, prêtes à être saisies.

Souvent,  des comportements addictifs ou compulsifs se mettent en place destinés au remplissage de ce temps qui n’est pas consacré à l’engagement dans l’action.

Qu’est ce que l’action ?

L’action permet d’extérioriser le désir, et de le confronter au réel. Pour agir,  une synthèse entre le désir et la réalité se constitue. Confronté au réel, le désir perd sa part d’idéalisation. Il libère aussi une part de sa charge énergétique. Psychiquement, cette libération entraine un vide, dans un premier temps, appelant un autre désir à se former. Est-ce la peur de ce moment de vide qui retient le procrastinateur d’agir ?

Pour agir, il faut choisir. La moindre action est une somme de choix, minuscules, qui en s’ajoutant, forment le mouvement d’ensemble.

Est-ce la faculté de choisir qui est en panne chez le procrastinateur ?

Ce qui est en jeu

Nos fonctionnements sont inscrits entre deux pôles complémentaires, indissociables, que sont l’activité et la passivité, le mouvement et l’immobilité; On peut y ajouter  la confrontation au réel et la fuite.

Le procrastinateur s’installe, pour une part de lui, dans  un retrait.  Sa résistance à l’action rappelle celle de l’enfant qui refuse d’obéir à une injonction, et tient fermement sa décision.  C’est une opposition très importante pour lui, très fondatrice.

Est-ce que le procrastinateur n’a pas pu exercer, enfant, son opposition ?

Est-ce que, de ce fait, il a besoin, adulte, de se protéger contre l’invasion de son espace psychique ?

La mauvaise opinion de soi

La tension entre le frein posé au désir d’agir et les injonctions ou reproches faits à soi-même entrainent un stress et une culpabilité. Cette pression exercée ne fait qu’ajouter au mal-être et durcit encore le positionnement de résistance. Le psychisme s’enferme dans la répétition.

‘La norme de notre société est fondée sur la responsabilité et l’initiative’, (Alain Ehrenberg, la fatigue d’être soi’)  La sensation d’être en décalage par rapport à ce courant dominant aboutit souvent à une démission à soi-même, une position de dépréciation de sa propre identité.

L’inhibition de l’action

Quelles sont les peurs liées à l’action ainsi remise, reléguée à un hypothétique lendemain ?

Ce peuvent être :

La peur de se confronter à ses limites, la peur de ne pas réussir, de ne pas  arriver au bout de la tâche.

Ou au contraire, la peur d’arriver au bout, de finir, de se trouver devant le mur de la finitude et son vide.

La peur de se concentrer,  de s’isoler dans une seule activité, de quitter la dépendance aux sollicitations sociales extérieures illimitées  (réseaux sociaux par exemple)

La peur de ce lendemain, celui où on aura le temps, mais que l’on remet  indéfiniment au lendemain

La peur de l’inéluctabilité du temps :la remise à plus tard dilate le temps indéfiniment, ne laisse jamais entrevoir la fin.

L’inhibition de l’action peut être aussi le signal d’une fixation à un stade de latence, où l’on ne nous demandait pas de choisir, où les responsabilités étaient moindres, où nos actions étaient encadrées par le milieu extérieur (parentale, scolaire) . La  peur autrement dit de cette extrême responsabilité et liberté de la vie adulte.

Ce peut être le désir inconscient de prolonger un âge où les actes ne portaient pas à conséquence, puisque quelqu’un d’autre accomplissait ce que nous ne faisions pas.

La difficulté à s’engager sur le long terme, sur une durée, semble assez  prégnant.

L’angoisse

Une angoisse profonde peut naitre de tels freins à l’action.

‘Mais l’angoisse était née de l’impossibilité d’agir.

Tant que mes jambes me permettent de fuir, tant que mes bras me permettent de combattre, tant que l’expérience que j’ai du monde me permet de savoir ce que je peux craindre ou désirer nulle crainte : je puis agir. ’ (Henri Laborit, éloge de la fuite)

Mais si aucune action n’est possible sur le monde, alors celui-ci apparaît comme inaccessible, et le sujet rentre en lui-même.

La perte et le sujet

La problématique du désir et de son accomplissement est au cœur de ce sujet. Le désir en s’accomplissant signe sa perte. C’est précisément ce que  permet d’éviter la compulsion à procrastiner : s’accrocher à l’objet du désir, ne pas le perdre pour ne pas se perdre.

L’enjeu est de se séparer de l’objet, ne plus faire un avec lui, de s’en détacher en acceptant  sa perte, sa destruction dans l’action. Et ne pas se sentir entrainé, en tant que sujet,  dans cette perte.

Tant que ce détachement n’est pas opéré,  l’action, en tant que perte de l’objet désir, peut être vécue comme un risque d’anéantissement du sujet lui-même.

La procrastination est-elle une pathologie ?

Le mot utilisé depuis quelques années dans les medias renvoie presque à l’idée de maladie. En termes psychanalytiques, c’est un symptôme, qui peut être léger ou invasif, associé à d’autres la plupart du temps. Le degré d’angoisse- et l’ampleur de l’empêchement à  vivre seront déterminants pour décider de s’en occuper avec un professionnel.  Il peut y avoir un état dépressif sous-jacent.

En littérature, un exemple de résistance à l’action est donné par le héros de Melville, Bartleby. Celui-ci, employé aux écritures dans une étude de juriste new-yorkaise, répond à toute demande sortant de son domaine strict, qu’est le recopiage des minutes (avant internet !) : ‘je préfèrerais ne pas’ une des traductions de ‘I would prefer not to’.  La formule est immuable, répétée de façon imperturbable par l’homme, et finit par s’étendre à toute action. Aucune agressivité, aucune animosité, ni mouvement émotionnel quelconque. Juste la phrase, jusqu’à l’immobilité totale.

En conclusion

La procrastination soulève les grandes problématiques inhérentes à notre société : problématique de la fragilité identitaire, du vide, de l’insaisissabilité du temps, de ‘l’initiative individuelle et de l’impuissance à agir’, ’la confrontation entre la notion de possibilité illimitée et celle d’immaitrisable’ (Alain Ehrenberg, la fatigue d’être soi).

 Références

Pour en rire et dédramatiser, un article de Marie Desplechins, savoureux : L’art de remettre au lendemain, l’express.fr

Melville, Bartleby, et autres nouvelles.

Henri Laborit : Eloge de la fuite

Alain Ehrenberg : La Fatigue d’être soi

 

L’estime de soi

On parle beaucoup de l’estime de soi, des ouvrages lui sont consacrés.
On en parle surtout pour dire qu’on en manque.
Sans doute parce que cette estime n’est pas facile à créer, à développer, et qu’elle est souvent malmenée, voire détériorée par la vie, l’éducation.
On en ressent le manque: mais comment définir, mesurer ce que serait le plein d’estime de soi ?

Avez-vous une bonne ou une mauvaise estime de vous ?

Essayons quelques questions :
• Etes vous affirmé dans votre vie, savez-vous dire non, vous opposer à quelqu’un ?
• Savez-vous aussi dire oui, avec détermination, pour vous lancer dans un projet, une nouvelle action, un nouveau partenariat ?
• Savez-vous déterminer, lister quelques-unes de vos qualités ?
• Avez-vous une confiance en vos compétences, une bonne opinion de vos talents, de votre physique, de votre intelligence ?
• Etes vous contents, lorsque vous avez agi, fait un travail, êtes vous satisfait de vous, de votre réalisation?
• Etes vous rassuré, quand vous vous préparez à une tâche, avec un enjeu ? savez vous mobiliser votre confiance en vos capacités à mener à bien le projet ?
• Vous acceptez-vous tel que vous êtes, sans jamais avoir envie de ressembler à une autre personne, admirée pour toutes ses qualités que vous estimeriez ne pas posséder vous-mêmes ?
• Vous connaissez vous bien, avez-vous fait un travail sur vous, êtes vous conscient de votre histoire, avec le sentiment d’un socle solide ?
• Avez-vous un sentiment de fierté vis-à-vis de vous-mêmes, ou de votre famille ?
• Acceptez vous vos défauts comme faisant partie de vous, sans honte, ni gêne, ni déni ? les reliez vous à vos qualités, en disant : ça forme un tout ?
• Vous sentez vous capables de vous améliorer dans ce que sont vos points faibles, et de développer vos qualités ?

Ces questions peuvent vous amener à estimer… votre estime de vous !
Si vous avez répondu oui à une majorité de questions : vous avez donc une bonne estime de vous-même.
Par contre, si vous répondez en majorité non aux questions ci-dessus : vous pouvez vous ranger parmi les personnes doutant d’elles-mêmes et à faible estime de soi.

Alors, quand disons nous : j’ai une bonne estime de moi ?

Qu’est ce que l’estime de soi ?

Disons pour commencer, qu’une bonne estime de soi est une question de mesure et d’équilibre.
S’estimer, c’est s’aimer suffisamment, lucidement, sans excès de narcissisme. C’est se sentir digne de respect, et se défendre contre le manque de respect lorsqu’on y est confronté.

Avoir une bonne estime de soi, c’est aussi se sentir bien avec soi, se considérer positivement, en ayant fait le tour de qui on est. Sans se raconter d’histoires, ni se croire au-dessus, ni se penser au-dessous.
C’est savoir mettre en valeur la personne que l’on est, sans se comparer à d’autres, sans dévaloriser ni écraser de mépris les congénères !

Et enfin, c’est aussi agir avec une confiance correcte en ses moyens d’actions, et ne pas craindre de transformer son potentiel en action.
C’est se projeter avec une bonne opinion des capacités que l’on souhaite mobiliser et confiance en elles.

Ainsi l’estime de soi permet d’agir. Ceux qui sont bloqués dans leur capacité d’action ont souvent une faible estime d’eux-mêmes.

A quoi mène une mauvaise estime de soi ?

Inhibition de l’action.
Dans l’action, le sujet à faible estime de soi se pose de nombreuses questions : vais-je réussir ?suis-je fait pour cela ? est-ce que quelqu’un d’autre ne serait pas meilleur à ma place ? dois-je commencer maintenant ou plus tard ? est-ce que j’y vais ou je me prépare encore un peu ?
L’action est souvent inhibée. Le doute envahit et bloque le mouvement.

Frustrations
Le sujet en mauvaise estime de lui se sent dévalorisé, incapable de changer, de donner un nouveau cours à sa vie. il est en permanence dans la frustration de ne pas vivre la vie qu’il voudrait.

Soumission
Plus insidieusement, la faible estime de soi peut entrainer l’acceptation d’une situation désastreuse. Subir une relation destructrice, parfois sans s’en rendre compte, rester dans un emploi médiocre. Cela peut aboutir à ne plus se donner  suffisamment de valeur pour songer à changer quoi que ce soit à sa vie, et conduit de fait à accepter l’inacceptable.

Pourquoi avoir une mauvaise estime de soi?

Les causes d’un manque d’estime de soi sont liées à l’éducation, au rôle de l’entourage, familial ou scolaire, parfois.
Si on remonte dans l’enfance :
Souvent, de mauvaises appréciations répétées, des brimades, des colères autour de l’enfant, qui se culpabilise et se rend responsable de ce qui ne va pas.
Mais aussi un manque de stimulation, une sorte d’indifférence de la part de l’entourage, le sentiment d’occuper une place un peu transparente.
Une culpabilité liée à une situation mal acceptée : parents en conflit, déséquilibre familial, secret, silences etc.
Un choc, un grand changement, une instabilité, un sentiment d’abandon agisssent aussi directement sur l’estime de soi.
Le manque d’autonomie accordée à l’enfant, la faible transmission des apprentissages, le frein mis à le laisser vivre des expériences.

L’effet négatif enfin de la grande admiration pour l’enfant, proférée de façon excessive et non réaliste, quand elle n’est pas fondée sur de réelles qualités mises en oeuvre et les efforts couronnés de succès.

 

Il y a aussi un aspect social au manque d’estime généralisé.
Nous baignons dans un ensemble de conditionnements et de lieux communs, qui ne facilitent pas la prise de conscience de sa valeur.
Par exemple, le terme échec, trop souvent attribué à toute action ne donnant pas un résultat tel qu’on l’imaginait.

Une dépréciation de soi et une mauvaise image résultent des difficultés, des ralentissements, des baisses de motivation, etc… que chacun, pourtant, traverse dans sa vie. Les phases de burn out,les besoins de faire une pause, les désirs de changement de vie, les choix personnels et non uniquement guidés par la raison sont  quasiment vécus dans la honte. Une société très individualiste telle que la nôtre s’enferme sur un grand nombre de diktats non-dits et arbitraires inhibant l’initiative individuelle.
Autre exemple : Par peur et repli général, rares sont les milieux professionnels acceptant de faire confiance, simplement, à quelqu’un. Chaque candidat à l’emploi doit montrer patte blanche, polir un CV impeccable, justifier le moindre changement, le plus petit flottement…

Comment augmenter son estime de soi ?

Certains psychologues, comme Alfred Adler, pensent que l’individu ressent naturellement un complexe d’infériorité, depuis la petite enfance, grâce auquel il cherche à grandir, évoluer, s’améliorer. En effet, poussé par ce sentiment d’être inférieur, chaque individu accomplit multiples apprentissages et efforts pour être à la hauteur de ses objectifs, pour agir, se mouvoir, s’élever.
Autrement dit, l’estime de soi n’est pas innée, elle est à conquérir.
Il est illusoire de penser qu’elle est acquise une fois pour toutes. Une tâche accomplie, on est content. Un nouveau travail, et on remet en question sa compétence, on rétrograde un peu, pour accomplir les efforts indispensables.
L’estime de soi est fluctuante : elle peut varier d’un moment à l’autre, d’un enjeu à l’autre. Elle est un travail permanent. Il faut l’alimenter, s’en occuper, sinon il sera difficile de la maintenir à un bon niveau.
Pour veiller à un maintien correct de l’estime de soi, il faudrait considérer les sentiments d’insuffisance, d’imperfection, non comme des faiblesses, mais au contraire comme des moteurs pour aller de l’avant, pour atteindre un objectif.
Veiller à ce que ces sentiments ne soient pas soumis aux assauts de la culpabilité par exemple ou de la frustration. Par exemple, ne pas se fixer sur une idée contraignante et illusoire d’un idéal très élevé et inatteignable, car non réaliste.

L’estime de soi est liée au sentiment d’amour que l’on reçoit. Bien sur, si on ne se sent pas aimé, on peut difficilement s’estimer.
L’estime de soi grandit dans l’éducation, destinée à rendre socialement aimable, compétent, adapté aux codes existants.

Ainsi on pourrait dire que pour augmenter son estime de soi, un travail est nécessaire sur plusieurs plans :

-le rapport à soi : apprendre à se connaître, se regarder, réfléchir aux qualités et atouts que l’on a, faire un point sur le parcours accompli.
Faire une liste de ses désirs, ceux qui permettraient d’améliorer sa vie, et, en face, une liste des peurs à accomplir ces désirs. Et aussi apprendre à reconnaitre ses besoins profonds, et ce que l’on apprécie en terme d’équilibre de vie. Se reconnaitre, comme individu parmi les autres, avec ses spécificités, ses particularités, avec sa propre histoire, son parcours différent.

-le rapport aux autres : soigner son relationnel, regarder les autres, apprendre aussi à mieux les écouter, les connaître, s’occuper du lien avec eux.

-le rapport à l’action : réfléchir aux blocages, aux immobilismes, aux freins. Se dégager des croyances inhibant l’action, s’il y en a : tu n’y arriveras pas, c’est difficile, la filière est bouchée, tu n’es pas assez bien, etc. Accepter les erreurs, les siennes, et celles des autres.

Le développement de sa personne est un travail, une lente appropriation d’équilibre et de sagesse.

Il peut être nécessaire de se faire aider pour cela.

Bibliographie :
Christophe André, François Lelord : L’Estime de soi
Alfred Adler : Le sens de la vie

Revivre

Qu’est ce que revivre ?

C’est:

Répéter, reproduire le passé, comme si on y était. Ce revivre peut être un ressassement, prenant une allure d’obsession, engendrant souffrance, mélancolie, dû à un deuil qui ne finit pas, à un attachement qui ne veut pas lâcher, à une compulsion de répétition.

C’est aussi :

Renaître,  se renouveler, reparaitre, reprendre un cours de la vie, après une disparition, une dépression, une maladie, un retrait ou un isolement. C’est vivre A NOUVEAU. Se sentir neuf, retrouver son énergie, renouer avec soi. Reprendre la route, repartir.

Le premier revivre possède  une vertu thérapeutique au cours d’un travail psychothérapeutique ou analytique.

Il est alors un revivre permettant de re trouver toutes ces  émotions enfouies, ces souffrances exilées, cet abime en soi que l’on sent mais ne veut pas voir.

Ce revivre se traduit par la réminiscence d’une partie de mémoire inconsciente, des points de vue sur son histoire qu’on avait occultés, des pulsions refoulées.

Revivre un évènement traumatique ou des épisodes de vie difficiles, mettre sa mémoire  en mots pour la partager, et ainsi associer, comprendre, intégrer, comparer, élargir son champ de vision. C’est le travail psychique d’auto-guérison.  La force destructrice de l’émotion traumatisante diminue, laissant place petit à petit à une réparation  et un renouveau. Un réveil !

Ainsi revivre c’est :

Trouver dans le passé les ressorts qui poussent vers l’action de nouveau. Faire revenir le passé pour reprendre l’agir.

C’est cela l’enjeu du revivre.

Entre les deux,

D’une part retrouver le passé, comme si on y était, en ressentant à nouveau les émotions des situations revécues, en s’y plongeant

Et d’autre part, revivre à nouveau, se renouveler, renaître, par exemple après une maladie, ou un choc émotionnel, ou une dépression : je repars, je revis.

On peut avoir l’illusion dans ce cas que l’on ferait comme si de rien n’était, comme si rien ne s’était passé, comme si la vie redevenait comme avant.

Mais guérir n’est pas revenir comme avant. C’est au contraire une renonciation à un état antérieur, un passage à un état différent. La conscience lucide que guérir n’est pas revenir est une avancée vers la guérison, car c’est un pas vers cette renonciation.

La santé après la maladie n’est pas la santé antérieure. Le fait d’être guéri signifie ne plus avoir besoin du médicament, ou de la thérapie.

« Il n’y a pas de guérison sans un travail, sans une élaboration, sans un récit, une fiction précisément dans laquelle la personne est impliquée parce qu’il y a un JE » 1

Les deux sens du revivre sont deux axes de notre vie : entre les deux se situe une tension, qui fait que la vie prend un sens ou un autre, entre ces deux polarités, ces deux extrêmes qui se repoussent et s’attirent en même temps.

La thérapie favorise le lien entre ces ceux pôles, pour que la vie ne se cristallise par sur un passé perdu, ou une fuite en avant sans mémoire.

« Alors un revivre survient, qui délivre d’un autre, de celui qui obsédait, qui bloquait tout, sans qu’on le sache. » 2

Inspiration et citations

1  Alain EHRENBERG. La fatigue d’être soi. Dépression et société. Odile Jacob 2000

2  Frédéric WORMS : Revivre , Eprouver nos blessures et nos ressources. Flammarion 2012.